L’AI Act européen concerne aussi des entreprises situées hors de l’Union, dès que leurs systèmes d’IA ou leurs résultats servent des clients européens. Une PME tunisienne qui édite un logiciel, travaille pour un donneur d’ordre européen ou vend en ligne en Europe doit donc connaître le calendrier.
Ce calendrier a changé à l’été 2026. Cet article résume les dates en vigueur en octobre 2026 et propose un plan d’action. Il ne remplace pas l’avis d’un juriste.
L’essentiel en bref
- Le règlement « omnibus numérique » sur l’IA est entré en vigueur le 27 juillet 2026 et reporte les obligations des systèmes à haut risque.
- Nouvelles dates : 2 décembre 2027 pour les systèmes de l’annexe III, puis 2 août 2028 pour l’IA intégrée à des produits réglementés.
- Les obligations de transparence de l’article 50 de l’AI Act s’appliquent en revanche depuis le 2 août 2026.
- Les amendes montent jusqu’à 35 millions d’euros ou 7 % du chiffre d’affaires mondial pour les pratiques interdites.
AI Act : un calendrier révisé à l’été 2026
Le Parlement européen et le Conseil ont trouvé un accord politique le 7 mai 2026. Le Parlement a approuvé le texte le 16 juin 2026, puis le Conseil l’a adopté le 29 juin 2026. Ce règlement est entré en vigueur le 27 juillet 2026.
Voici les échéances que décrivent la Commission européenne et les cabinets Freshfields et Winston Taylor.
- Depuis le 2 février 2025 : interdiction de certaines pratiques et obligation de maîtrise de l’IA.
- Depuis le 2 août 2025 : règles de gouvernance et obligations des modèles d’IA à usage général.
- Puis, depuis le 2 août 2026 : obligations de transparence de l’article 50.
- Au 2 décembre 2026 : fin du délai de grâce pour le marquage des contenus par les systèmes déjà sur le marché avant le 2 août 2026, et nouvelle interdiction des systèmes qui créent des images intimes sans consentement.
- Au 2 décembre 2027 : obligations des systèmes à haut risque de l’annexe III (emploi, éducation, crédit, infrastructures critiques).
- Enfin, au 2 août 2028 : obligations de l’IA intégrée à des produits réglementés, comme les dispositifs médicaux ou les machines.
L’omnibus déplace des dates, mais il ne supprime pas les exigences. Les obligations des systèmes à haut risque restent en effet celles du texte initial.
Pourquoi une PME hors d’Europe entre dans le champ
L’article 2 de l’AI Act vise les fournisseurs qui mettent un système d’IA sur le marché de l’Union, quel que soit leur pays d’établissement. Il vise aussi les fournisseurs et les déployeurs d’un pays tiers quand l’Union utilise le résultat que produit le système.
Trois situations parlent à une PME tunisienne.
- Un éditeur vend à une entreprise française un logiciel RH qui classe des candidatures. Il agit alors comme fournisseur, dans un domaine que l’annexe III range parmi les usages à haut risque.
- Un centre de services déploie un assistant conversationnel pour les clients finaux d’une marque européenne. Les obligations de transparence s’appliquent donc.
- Une agence crée avec une IA générative les visuels d’une campagne qu’une marque diffuse en Europe. La question du marquage et de l’information du public se pose dans ce cas.
Au-delà du texte, vos clients européens intègrent ces exigences dans leurs contrats. Un fournisseur qui documente ses usages d’IA rassure ainsi son donneur d’ordre.
Ce que l’article 50 de l’AI Act exige depuis août 2026
L’article 50 répartit les obligations entre le fournisseur, qui conçoit le système, et le déployeur, qui l’utilise dans son activité.
- Le fournisseur d’un système conversationnel informe les personnes qu’elles échangent avec une IA, sauf si la situation le rend évident.
- Lorsque le système génère du texte, de l’image, du son ou de la vidéo, son fournisseur marque ces contenus dans un format lisible par une machine.
- Le déployeur signale les hypertrucages (deepfakes) comme des contenus générés ou manipulés.
- Le déployeur qui publie un texte généré sur un sujet d’intérêt public l’indique, sauf relecture humaine avec responsabilité éditoriale.
En pratique, trois gestes couvrent l’essentiel : une mention claire sur le chatbot, un étiquetage des visuels générés et une relecture humaine avant publication.
Sanctions de l’AI Act et allègements pour les PME
L’article 99 fixe trois plafonds. Le premier s’élève à 35 millions d’euros ou 7 % du chiffre d’affaires annuel mondial pour les pratiques interdites. Le deuxième atteint 15 millions ou 3 % pour les autres obligations, dont la transparence. Enfin, le troisième vaut 7,5 millions ou 1 % pour la fourniture d’informations inexactes. Pour les PME et les jeunes entreprises, le plafond correspond toutefois au plus faible des deux montants.
L’omnibus ajoute des allègements. Selon la Commission européenne, il étend aux petites entreprises de taille intermédiaire les exigences simplifiées dont bénéficient les PME, notamment pour la documentation technique. Il assouplit aussi l’obligation de maîtrise de l’IA. D’après l’analyse de Winston Taylor, les entreprises prennent des mesures pour développer les compétences de leurs équipes, sans garantir un niveau individuel.
Plan d’action en cinq points et point de vue d’AISYSNEXT
- Inventorier d’abord les usages d’IA : outils, fournisseurs, données, destinataires des résultats.
- Classer ensuite chaque usage : interdit, à haut risque, soumis à transparence ou à risque minimal.
- Identifier votre rôle : fournisseur ou déployeur, pour chaque système.
- Mettre à jour les mentions d’information, les contrats et la documentation.
- Former les équipes qui conçoivent ou utilisent ces outils.
AISYSNEXT n’est pas un cabinet juridique. Notre rôle est technique : nous documentons les systèmes que nous concevons. Dès la conception, nous y intégrons également les mentions et les mécanismes de validation humaine. Notre pôle intégration d’intelligence artificielle et notre équipe de développement d’applications métier travaillent dans ce cadre.
Nos formations professionnelles aident aussi vos collaborateurs à utiliser l’IA avec discernement. Pour la qualification juridique d’un cas précis, nous vous recommandons en revanche de consulter un avocat spécialisé.
Questions fréquentes
L’AI Act s’applique-t-il à une entreprise tunisienne ?
Oui, dans deux cas principaux : elle met un système d’IA sur le marché de l’Union, ou l’Union utilise le résultat de son système. Une entreprise qui ne travaille qu’avec des clients locaux sort en principe de ce champ.
Le report du haut risque permet-il d’attendre 2027 ?
Non. Les exigences de l’AI Act restent identiques et la mise en conformité prend du temps : documentation, gestion des risques, supervision humaine. Vos clients européens poseront d’ailleurs la question bien avant l’échéance.
L’usage interne d’un assistant IA crée-t-il des obligations ?
Un usage bureautique courant relève en général du risque minimal. Vérifiez toutefois deux points : la formation des utilisateurs et l’information du public quand vous publiez un contenu généré. Faites ensuite valider votre analyse par un juriste.
Vous développez ou utilisez de l’IA pour des clients européens ? Contactez notre équipe d’experts afin de cadrer le volet technique de votre projet.
Sources
- Commission européenne – AI Act, cadre réglementaire et calendrier d’application
- EU Artificial Intelligence Act – Article 2 : champ d’application
- EU Artificial Intelligence Act – Article 50 : obligations de transparence
- Freshfields – EU AI Act unpacked #34: The final Digital Omnibus on AI
- Usercentrics – EU AI Act Deal: Digital Omnibus Now in Force (31 juillet 2026)
- Winston Taylor – AI Act rules on high-risk AI delayed as AI Digital Omnibus agreed (4 août 2026)
- EU Artificial Intelligence Act – Article 99 : sanctions




